Le Grand Paris mérite un grand débat

Cet été, le président de la République a annoncé au Sénat, lors de la conférence nationale des territoires, sa volonté de « simplifier drastiquement les structures » du Grand Paris. Aujourd’hui, malgré l’opacité, il semblerait qu’un projet de fusion des départements de petite couronne dans une métropole élargie se dessine. 


Le Val-de-Marne, comme les Hauts-de-Seine et la Seine-Saint-Denis pourraient fusionner dans un vaste ensemble de 7,5 millions d'habitants (© M. Lumbroso)

Lors de la première conférence nationale des territoires, le 17 juillet au Sénat, devant de représentants des collectivités territoriales, le président de la République, Emmanuel Macron, annonçait son intention de « simplifier drastiquement les structures » afin « que le Grand Paris réussisse à l’échelle de ce qu’est la compétition internationale ». Dans la foulée, il proposait que « dès cet automne, après une concertation approfondie avec les acteurs concernés », la tenue d’une conférence territoriale du Grand Paris.

Depuis, à aucun moment, les départements de petite couronne, leurs élus et les populations concernées n’ont été conviés pour faire connaître leurs avis sur une question touchant à qualité de vie de millions de Franciliens et l’avenir de leurs services publics de proximité. Cette absence de concertation est dénoncée, entre autres, par Christian Favier, président du Conseil départemental, pour qui « l’intérêt des habitants et l’égalité d’accès au service public doivent guider l’évolution de l’organisation territoriale. Les habitants et leurs représentants ne peuvent pas en être tenus à l’écart ».

Aujourd’hui et, malgré le flou entretenu sur les projets du chef de l’État, il semblerait qu’une hypothèse se dessine. Il serait question, sous toutes réserves, d’un projet de fusion/suppression des trois départements de la petite couronne parisienne (Val-de-Marne, Hauts-de-Seine et Seine-Saint-Denis), excepté Paris, dans un vaste ensemble de 7,5 millions d’habitants. Cette hypothèse proposerait également la suppression des onze établissements publics territoriaux (EPT) composant l’actuelle métropole du Grand Paris (MGP) et d’élargir son périmètre aux territoires jugés économiquement stratégiques de Roissy, Orly et du plateau de Saclay.

Inquiétudes sur l’avenir des politiques utiles aux Val-de-Marnais

Dans ce cadre, les compétences obligatoires des départements (action sociale, collèges, routes…) seraient transférées soit à la Région, à la MGP ou aux communes. Par contre, qu’adviendra-t-il des politiques volontaires, bien souvent uniques, développées en Val-de-Marne, comme le remboursement à 50 % de la carte Imagine R ou la remise d’ordinateurs aux collégiens ? Elles risquent bien d’être abandonnées car l’État a l’objectif de réduire de 13 milliards d’euros les dépenses des collectivités sur cinq ans. Or, ces politiques, ces aides départementales jouent un rôle important de soutien au pouvoir d’achat des Val-de-Marnais. 

Les politiques et aides départementales, jouent un rôle important de soutien au pouvoir d’achat des Val-de-Marnais.

De même, les questions des services publics de proximité ou du lien démocratique entre les élus et leurs habitants méritent également d’être mises sur la table. En effet, dans un tel cadre, un grand vide institutionnel existerait entre la métropole et les communes.  

Pour l’heure, et alors que la conférence territoriale sur le Grand Paris approche, l’État n’a apporté aucune réponse à ces questions qui sont sources d’inquiétudes. Christian Favier a récemment adressé une demande de rendez-vous au Premier ministre, Édouard Philippe. Il souhaite réaffirmer « le rôle irremplaçable du Département qui mène, depuis 50 ans, des politiques utiles aux habitants. » Comme beaucoup d’élus, il estime « inconcevable et antidémocratique de vouloir supprimer comme cela des assemblées élues, sans même demander à la population son avis. »